Syrie : les britanniques réactivent leurs réseaux

Quand des pays dont la structure est la banque sont en banqueroute ou en imminent danger de l’être, ils utilisent leur armées pour aller prendre là où il le peuvent des actifs tangibles chez leur population avec la police-armée où dans d’autres pays. C’est le cas aujourd’hui du bloc euro-atlantique. Si la France était en première ligne en Libye pour prendre l’or, le pétrole et l’eau, ce sont les services secrets britanniques qui reviennent en Syrie. Le risque de dérapage est maintenant très significativement élevé.

Nous sommes dans une situation comparable dans son style à celle qui a précédé immédiatement la première guerre mondiale. A cet époque la grande puissance, déjà sur le déclin est la Grande-Bretagne. Sa monnaie la Livre librement convertible en or est la monnaie d’échange internationale. En 1914 pour des raisons qui alourdiraient cet article (la construction d’un système bancaire par l’Allemagne) , la place financière de Londres est en danger d’écroulement imminent. La guerre mondiale commence par l’arrêt de la convertibilité de la Livre. L’or restera dans les coffres des banques anglaises et le papier monnaie aura cours forcé. La France, fidèle allié depuis Napoléon III, ira se faire tuer dans des batailles d’attrition pour que la place financière de Londres soit sauvée. Elle l’a été. L’Allemagne finalement vaincue (peu importe les péripéties) paiera et surtout ne sera pas indépendante, asservie par des dettes impayables. (On pressera le citron jusqu’à ce que les pépins craquent (Loyd George). Dans les années 30, c’est un peu plus compliqué mais la sérieuse montée d’Hitler commence avec les faillites bancaires des années 20 (Creditanstalt) : Vienne 1931. Il faut à tout prix sauver les banques de wall-street et remettre le capitalisme en marche .
A partir de là, la spirale ruine, pauvreté, ressentiment, désespoir (qu’on voit à l’oeuvre en Grèce et demain en Espagne) , vote extrême marche très bien d’autant plus que Hitler reçoit plein d’argent de Ford et autres Bush pour refaire travailler les allemands à coups de trique et pour presque rien (ils sont payés en discours nationalistes), réarmer (1935) et faire tourner les usines Opel (General Motors) en Allemagne et acheter massivement aux État-Unis. Hitler sauve ainsi le capitalisme allemand (et probablement américain) dans les années 30. Le prénom Adolphe devient populaire chez les mamans et pas qu’en Allemagne !!! Avant 1938, Hitler est formidable. Les affaires marchent avec lui et les ouvriers travaillent dur et arrêtent de revendiquer. Aujourd’hui les banques sont en faillite et il n’y plus de solution. Game over ! Société générale, Crédit Agricole, BNP : c’est fini. Les politiciens et journalistes ne sont pas payés pour le dire mais sur AgoraVox, on peut dire un peu la vérité.
Soit le capitalisme s’effondre totalement, soit il essaie de se refaire en pompant à la force des armes toute la richesse disponible là où elle est. C’est là où « l’expertise » britannique en la matière devient incomparable. C’est en pressurant son empire à la corde que la Grande-Bretagne a pu résister à la crise de 1929 et payer rubis sur l’ongle ses dettes astronomiques (150 % du PNB).
Syrie : la re-colonisation du monde dans le style britannique : profit, mensonges, mercenaires et forces spéciales.
Avec la Libye, on avait eu une piqure de rappel de la colonisation dans le style français : apporter la liberté au son de la Marseillaise et des rafales. BHL en a fait un film. En Syrie, c’est plutôt le style anglais.
Rappel historique
  1. Quelques rappels historiques : L’Empire Britannique est le plus « réussi » historiquement des empires européens qui se sont constitués entre la Renaissance et le XXème siècle. Bien que le plus pur dans son fonctionnement ait été l’empire néerlandais (peu connu en France) dont la capitale Batavia en Indonésie était une merveilleuse machine à extraire de l’argent, c’est finalement l’Empire anglais qui l’a détrôné après quatre guerres sans merci de part et d’autre pour le contrôle des épices et des routes commerciales. Après la guerre de 7 ans (1756-1763) et surtout les guerres de Napoléon Ier, l’Empire devient celui « sur lequel le soleil ne se couche jamais », appuyé par une écrasante suprématie navale, une industrie moderne, des comptoirs passages obligés, des marchés protégés et pressurés sans pitié (l’Inde). L’Empire anglais divise pour régner, utilise ses alliés pour se faire tuer à sa place, essaie de détruire ses rivaux par guerre civile, sécessions fomentées, mercenaires stipendiés, ou colonisation interne de ces pays par son système financier (le MES en UE est une magnifique réussite de ce point de vue). L’atavisme britannique, sa signature, sa marque de fabrique est de souffler sur les braises aussi longtemps qu’il le faut jusqu’à ce que les haines se créent. Le but à la fin est, « in the end of the game » de ramasser la mise au moindre coût.
  2. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la Grande-Bretagne a du céder ses colonies mais pas l’architecture de son empire financier qui reste : bourse, assurances, banques. Le cargo russe transportant des hélicoptères russes révisés à destination de la Syrie a du immédiatement rebrousser chemin quand son assurance basée à Londres a retiré sa couverture. Un jeu d’écritures est aussi efficace qu’un canon ou un missile. Les deux oligarchies anglaise et américaines se sont fondues en une seule à tel point qu’on entend parler d’anglo-american establishment. La puissance des États-Unis donne à l’empire britannique sa force de frappe. Depuis l’entrée du Royaume-Uni dans l’UE, un magnifique travail de sape et de subversion a été accompli : les élites européennes ont rejoint le mode de pensée anglo-américain, parlent anglais, fréquentent des universités anglophones. Les politiques de l’UE sont naturellement favorables à la pensée anglaise : concurrence, priorité de la finance sur l’économie, free-trade, laisser-faire, main invisible etc … L’arrivée de Sarkozy a marqué la fin de la résistance gauloise, exception française ou autre : Madame Lagarde, Pascal Lamy, Dominique Strauss-Kahn sont de parfaites illustration de cet establishment anglo-americano-européen : la langue mais surtout les « axiomes » de la religion euro-atlantiste sont communs. Une conférence en français à Bruxelles était ringard il y a 10 ans. Elle est aujourd’hui indécente. Parallèlement les souverainetés nationales sur le continent européen sont devenues folkloriques. Les décisions sont prises à Bruxelles selon un cadre favorable au système anglais.
  3. En Angleterre la grille de lecture est la finance ou plus exactement le crédit, d’où le pouvoir des agences de notation. L’Angleterre ayant toujours honoré ses dettes même dans les périodes les plus sombres de son histoire est naturellement chérie des prêteurs. Sa note est AAA . En échange de cette volonté permanente d’être crédible sur les marchés financiers, la Grande-Bretagne ne s’embarrasse d’aucune moralité ou de principes pour restaurer son crédit. En 2012, l’Angleterre garde son AAA alors que les États-Unis ou la France l’ont perdu. Pour garder son crédit, la Grande-Bretagne peut déclencher une guerre mondiale pour s’approprier le libre accès aux matières stratégiques ou aux flux du XXI ème siècle. Contrairement à la France qui se bat régulièrement pour les autres pour la gloriole ou par idéologie, la Grande-Bretagne ne perd jamais de vue ses intérêts. Si l’armée britannique se bat contre Sadaam Hussein, c’est pour assurer à BP des profits pour 20 ans minimum et pour se débarrasser de Total/Elf/Fina. Si la production d’opium explose dans la zone d’occupation britannique en Afghanistan, c’est un remake de la guerre de l’Opium avec comme marchés la Russie et l’Europe. Quel est le sous-produit de cet opium détruit devant les caméras mais qui dans les faits fait de l’Afghanistan le premier producteur mondial (et de très loin) ? La drogue inonde, déstabilise et affaiblit la Russie tandis que l’argent blanchi se retrouve à terme dans des paradis fiscaux peu regardants dont, comme par hasard, le tiers est lié à la Grande-Bretagne (à ses dépendances ou à son ancien empire). Il faut savoir que la moitié de tous les flux de capitaux mondiaux transitent par les paradis fiscaux Entre 800 et 1600 milliards de dollars américains. Une telle masse d’argent recyclée arrive sur les marchés et cherche à se placer. Grâce à l’interdiction de se financer eux-mêmes, les états finissent fatalement par s’endetter auprès de ces marchés de capitaux. Il y a plus ! L’empire britannique et le MI6 est connu pour être assez efficace en recrutement demercenaires. Le recours aux mercenaires et aux corsaires sur mer est une très vieille habitude anglaise. Le premier président Poutine dans sa guerre de Tchétchénie les a vu débarquer via la Turquie dans le Caucase. Ils se battent bien et par l’intermédiaire de holdings opaque basées à Londres, les sociétés de mercenaires sont en veilleuse prêtes à réactiver des armées privés en quelques jours. Le MI6 recrute même sur facebook. En Syrie les mercenaires arrivent de Turquie, Jordanie et Irak. Ils sont armés par les monarchies ploutocratiques et autocratiques du golfe tandis que les instructeurs britanniques forment et repèrent sur le terrain.
  4. Il n’est pas possible (pas de preuves) de dire qu’Al Quaïda est contrôlée par le MI6. C’est toujours beaucoup plus indirect. Le fait est que là où il faut déstabiliser, Al Quaïda revient : en Libye selon le Dr. Franklin Lamb , la valeur militaire d’un soldat Al Quaïda en Libye était de 10 soldats rebelles et 8 soldats de Khadafi. De redoutables guerriers donc. En Syrie, de 300 au début du conflit en Syrie, le nombre de soldats Al Qaïda serait de 3000 maintenant.
  5. Quel est le but final de tout ceci ? Faire durer le conflit, affaiblir, diviser, libaniser. Puis jouer des querelles et antagonismes de clans à moindre coût parce que la Grande-Bretagne est dans une situation financière difficile (elle en a vu d’autres et a toujours su se renflouer).
  6. Refaire le coup des accords Sykes-Picot de 1916 (en sent qu’il y a des tractations entre français, Italiens, quatari, anglais, américains et probablement israéliens. Essaieront-ils demain de donner une zone à la Russie en échange de son retrait au soutien d’Assad ? Une chose est presque sûre, les arabes de Syrie seront les dindons de la farce « in the end of the game » avec les anglais. Ensuite il sera temps de penser à l’Iran.
  7. Accélération-confirmation : Un journal israélien Dekba, nous apprend que les forces spéciales britanniques sont entrées en Syrie et ont sécurisé un périmètre à la frontière avec la Turquie. L’information a été reprise RT mais démentie par le Foreign Office. L’armée « libre » syrienne dispose donc d’un territoire qu’il faudra sécuriser ; Par la même source, on apprend Qu’Assad et sa famille seraient retenus dans leur palais par la garde présidentielle. L’armée israélienne se préparerait à toute éventualité tandis que les forces américaines prépareraient une action militaire et tandis que la Turquie qui joue le rôle des kamikazes utiles dans ce « jeu » convoquerait son parlement suite au tir au pigeon d’un de ses F4 par une batterie sol-air syrienne. Il semble que le côté nationaliste et emporté de Erdogan soit bien utilisé pour lui faire faire des erreurs grossières.
  8. Question : quels conseils Henry Kissinger a t-il pu donner à Poutine lors de sa visite à Saint-Petersburg le 21 juin ? 
  9. Demain à Genève se tient une conférence sur la paix à Genève. Le conclusion de mon article est que quand un système recherche désespérément et d’urgence des actifs pour se maintenir, la paix a peu de chance d’arriver parce que la partie ruinée mais militairement puissante ne la veut tout simplement pas. De plus la Syrie n’a pas la richesse de l’Iran. Le but est l’Iran et tout autre pays pays qui a des actifs (l’Afrique par exemple).
  10. Poutine a été humilié et n’a plus le choix que de se soumettre ou de se battre. Il se battra au moins jusqu’à l’implosion du système qui affectera aussi la Russie mais moins que l’occident. Une fois la crise bancaire et les « bank runs » passés, la Syrie disparaîtra des télés qui risquent d’être utilisées par certains pour défoncer les vitrines des agences bancaires. Pendant que l’ouest s’effondrera sur ses dettes, la Russie, la Chine, l’Iran et l’Inde pourront créer une zone de libre échange pour produire autre chose que du virtuel. Les européens (ça a déjà commencé) iront émigrer avec une valise à roulettes à Shanghaï, à Moscou ou à Bombay pour laver le sol ou repasser les vêtements de leurs nouveaux maîtres Justice immanente ?
Article de libre opinion qui n’engage que l’auteur de l’article.
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Annexe 1 : la carte des accords secrets de partage du Moyen-Orient en 1916 entre anglais et français.
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Annexe 2 : L’Afghanistan premier producteur mondial d’opium d’où l’on tire morphine, héroïne et dérivés.
Une fois lavé cet argent se retrouve dans le système bancaire opaque de la nébuleuse des paradis fiscaux issus de l’empire anglais et toujours très largement contrôlé par lui. Ensuite il peut être utilisé pour prêter aux États qui taxeront ensuite lourdement leur population pour rembourser les intérêts : indirect rule.
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Dette UK 1900-2000. Un pays peut avoir 250 % du PIB de dette s’il a des pays à pressurer. 
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