« Ecospi » une métanoia à faire ou à atteindre ?

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On entend beaucoup parler de la théorie du choc de Naomi Klein. Comment des individus ou des populations entières peuvent être déstructurés par des chocs qui leurs sont infligés volontairement, Il existe heureusement le choc inverse, salvateur, qui vise à restructurer : la métanoia (μετάνοια). Une prise de conscience soudaine que quelque-chose ne va pas et qu’il faut changer radicalement. Fukushima a provoqué en Allemagne quelque-chose qui y ressemble : une prise de conscience radicale, la peur et l’abandon de cette énergie. Globalement il n’y a pas encore de métanoia concernant les ravages que nous faisons subir à la nature et aux espèces pour avoir l’illusion d’être heureux en consommant à crédit mais le temps est proche.

Une civilisation au pied du mur

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L’impasse d’un soit-disant « modèle »

Voici un article qui risque de provoquer des réactions mitigées sur AgoraVox tant le terme de meta-noia est connoté religieusement. « repentance », « tawbah », « honte ». Étymologiquement, il signifie simplement « au-delà de la perception ou de l’entendement ». Pourquoi laisser aux religieux le monopole d’un concept très riche et très opérationnel (en ce qui concerne la colonisation française par exemple, on en est encore qu’au premier stade. En ce qui concerne l’absurdité du modèle de développement, il semble qu’on en soit à une pre-métanoia. Il faudra une catastrophe, ou plusieurs qui se suivent pour que le processus s’enclenche. Le concept de métanoia suppose 3 stades :

  1. S’affranchir de l’oubli souvent après une banqueroute matérielle ou spirituelle, « Quand toutes les portes sont fermées, quand nous sommes face à un mur, qu’il n’y a plus de solution existentielle ni psychologique  » (1)
  2. La décision (decidere – couper, trancher) de revenir aux sources de vie (que chacun mette ce qu’il veut) et de lutter contre sa paresse.
  3. La force de reconnaître l’erreur, l’oubli, l’ignorance et de lutter lucidement contre tous les réflexes conditionnés dont nous avions tant de mal à nous défaire (le gaspillage, l’égoïsme, la télécommande, la cupidité, l’achat compulsif, la bagnole, le supermarché).

 

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Journal sur la décroissance en Suisse Romande

Sans rentrer sur le terrain du religieux, qui peut nier réellement qu’il y ait un sérieux problème, avec 50 à 60 % de chômage des jeunes, une crise écologique telle qu’il n’y en a jamais eu, une crise financière qui terrifie même les gouvernants nous avons atteint collectivement le mur, la falaise, le cul-de-sac, la nasse. Plus moyen de se raconter des histoires. Plus rien ne marche et les slogans sont usés à la corde. On a inventé l’écologie et l’’éco-Tartuffe veux bien diminuer son « empreinte carbone » avec une voiture électrique mais sans trop s’attarder sur les millions de mètres-cubes de terre à remuer pour faire des batteries, aux esclaves modernes pour les produire et aux transport internationaux « globalisés » pour transporter tout ça.

 

Civilisation faussaire qui utilise une part de plus en plus grande de son énergie à développer des narratives qui visent à cacher le gouffre de son non-sens collectif. Civilisation faussaire qui cache les sous-produits de son fonctionnement inégalitaire (le chômeur, l’homme de la rue, le pauvre, le vieux, le malade, l’handicapé) comme elle cache ses déchets et la façon dont elle produit sa nourriture. Civilisation faussaire qui imprime de la monnaie dont plus personne ne sait ce qu’elle vaut.

D’ où l’angoisse diffuse, qui inquiète et qu’il faut traiter avec des médicaments ou des thérapies douces commercialisées. S’il faut faire rentrer et décliner Hildegarde de Bingen en autant de segments et de marchés, on le fera sans se poser de question.

Un acte qui suivrait la métanoia personnelle ou collective serait par exemple de supprimer la télé de chez-soi. Qui en aurait la force ?

Le retour à la nature comme facilitateur. 

Que signifie dans ce point de vue le retour à la nature quand la ville offre encore le spectacle incessant des lumières, des divertissements, des rencontres. On ne peux que dire : essayez et vous sentirez mais essayez assez longtemps. Les premières années seront dures et il faut qu’il en soit ainsi. Ce sont des toxines civilisationnelles comme physiques qu’il s’agit de faire sortir.

Apprendre à tirer ce que l’on peut (et pas plus) de la nature sans la violenter ni la détruire mais au contraire en ayant l’intelligence de créer des haies pour les oiseaux, à planter des fleurs mellifères pour les abeilles, à respecter et même améliorer les sols. Les rythmes biologiques se restructureront d’eux-mêmes. Il faudra travailler et la satisfaction d’une belle journée de travail accomplie sera (re)structurante. Il faudra donner un coup de main aux voisins et accepter le leur. On ne survit pas seul à la campagne. Les surplus seront donnés ou échangés pour s’extraire du cercle vicieux de l’argent.

Peut-être après un certain temps se sentira-t-on rempli d’énergie, de paix, de reconnaissance. Une aube sur la Terre sera plus belle que le dernier film 3D.

Le terme de décroissance est inadéquat (il y aura décroissance brutale de toutes façon), celui de simplicité volontaire préférable. Il n’y a pas à souffrir excessivement et certainement pas de faux besoins artificiels que la publicité ou une norme sociale obsolète nous présentent comme absolument nécessaires à notre bonheur personnel et collectif . Il ne semble pas que se retirer du monde (reprendre ses billes) veuille dire prendre sur soi toute la maladie du monde.

En occident tout du moins où les besoins vitaux sont à peu-près satisfaits (et encore !), vivre avec la nature (et surtout pas contre elle principe de base de la permaculture car là commenceraient alors les 14 heures de travail par jour) devient progressivement une fête de chaque instant et certains en oublient même de manger !

Heureusement, les artistes et les poètes seront toujours là pour nous rappeler que les beautés de la terre sont encore plus nécessaires que ses utilités. Heureusement, des prophètes de la simplicité de vie viendront souvent nous démontrer que la qualité d’une existence sobre est meilleure que la quantité des biens matériels accumulés. (Claude Ducarroz. : écologie évangélique)

saint François d’Assise
Sermon de François-d’Assise aux oiseaux

Le personnage de Saint-François d’Assise plaît à l’âme ! L’Homme n’est plus coupé du cosmos mais en fait intimement partie. l’amérindien aussi qui » cultive la terre selon les nécessités et qui lui demande pardon de devoir l’égratigner pour pouvoir planter et cueillir. ». Dans son jardin en permaculture, a-t-il faim qu’un arbre ou arbuste le nourrit. Est-il malade qu’un plante s’offre pour le guérir.. Dans son très beau texte dont est inspiré ce post, Marc Donzé note bien justement que «  les créatures ne sont l’objet d’aucune prière : elles sont elle-mêmes prières ». Dans une vision franciscaine, l’homme se trouve au milieu d’un monde d’harmonie, prodigue de tous les dons nécessaires à l’existence. Même les oiseaux prient pour lui.

« Mes frères les oiseaux, vous êtes très redevables à Dieu votre créateur, et toujours et en tous lieux vous devez le louer parce qu’il vous a donné la liberté de voler partout… vous lui êtes redevables pour l’élément de l’air qu’il vous a destiné… Dieu vous donne les fleuves, les montagnes, les arbres, le vêtement. Il vous aime donc beaucoup, votre Créateur, puisqu’il vous accorde tant de bienfaits. Aussi, mes frères, appliquez-vous toujours à louer Dieu. » Ainsi parlait saint François aux oiseaux. A la fin de la prédication, ils s’élevèrent en bande dans l’air avec des chants merveilleux.

Que dire de l’histoire du loup de Gubbio : au contact de la nature, Saint-François devient tellement ami des bêtes qu’il n’a plus peur du loup qui terrorisait la région. Il lui parle, lui donne la main. «  « Viens ici, frère loup ; je te commande de la part du Christ de ne faire de mal ni à moi ni à personne. ». Les habitants nourrissent le loup et celui-ci garde la ville.

Poésie ? Probablement ? On sent qu’il y a une vérité là-dedans. Coupés de la source de vie, l’humain saccage tout, accumule des biens matériels qui souvent ne lui servent à rien et n’est pas heureux.

Le texte de Marc Donzé sur Saint-François a été publié dans la revue choisir (www.choisir.ch) dans le numéro de juillet-Août 2002

Journal La Decroissance
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